Les Enquêtes du Sup – L’Europe face à la Covid-19 : quelle stratégie de gestion de crise ?

Une nouvelle enquête du Supplément Enragé d’Alizée Studzinsky concernant la stratégie européenne adoptée face à la pandémie de la Covid-19. Par Alizée Studzinsky.

La pandémie de la Covid-19 a surpris l’ensemble des pays du globe, qui ont dû adopter une stratégie sanitaire d’urgence. Cette crise a mis en exergue les carences de gestion de crise de certaines entités, qu’elles soient étatiques ou supranationales.

Depuis plus d’un an maintenant, la Covid-19 a bouleversé les modes de vie de chacun. Alternant entre privation partielle de liberté et perspective d’un retour à la normale, les pouvoirs publics européens affrontent la pandémie par tâtonnement. En effet, toutes les politiques de gestion de cette crise oscillent entre sécurité sanitaire des populations, enrayage du processus d’engorgement des hôpitaux, maintien des économies nationales et de la formation académique des plus jeunes. Toutefois, et malgré un combat sur de multiples fronts, les stratégies adoptées ne font pas l’unanimité. L’opinion s’est agacée de celles-ci, peinant à montrer une efficacité réelle, et face à l’allongement dans le temps de cette situation si difficile.

L’Union européenne : actrice ou spectatrice de la gestion de la crise sanitaire ?

Si l’on s’intéresse au cas de l’Union Européenne (UE), on constate que l’entité supra-étatique avait pour ambition de s’engager dans la gestion de la crise sanitaire dès l’apparition des premiers cas de contaminations en Europe, en janvier 2020. L’UE s’est notamment retrouvée au centre de la course au vaccin. Pour autant, l’absence de stratégie unifiée de la part des pays européens a fragilisé la perspective d’une réponse efficiente. S’ajoute à cela le reproche d’un réveil européen tardif dans sa mise en place. Plusieurs facteurs expliquent ce dernier. D’une part, l’effet sidérant et soudain de la crise, d’autre part parce que la pandémie a eu des conséquences sur des secteurs éloignés des champs de compétences initiaux des institutions européennes, à l’instar des questions sanitaires. Même si l’UE détient des compétences en matière de gestion de crise, leurs résultats ont été pour le moins décevants.

Un des reproches adressés à la stratégie européenne était lié à sa dépendance à une production extra-européenne. Les masques en sont un exemple: les médias ont longtemps employé le terme de « pénurie de masques ». Une absence de stock, en pleine pandémie, due à cette dépendance pour leur production et leur livraison, alors même qu’une production à l’échelle continentale aurait permis de remédier à cette problématique avec rapidité. 

Un second exemple réside dans des mesures politiques, et une stratégie, coordonnées à l’échelle de l’Union Européenne, inexistantes. Malgré la soudaineté et l’inconnu que représentait le virus, les stratégies employées par les nations membres ont été, dès le début de l’épidémie, différentes. Des pays comme l’Italie, ayant été frappée de plein fouet par la première vague, ont mis en place un confinement des plus stricts à partir du 8 mars. A contrario, l’Espagne a opté par un confinement strict le 15 mars, la France le 17, l’Allemagne le 22 et le Royaume-Uni le 25. La Suède, elle, fait figure d’exceptions au sein de l’UE. Le pays a décidé de miser sur l’immunité collective. Il s’agit encore aujourd’hui du seul Etat européen à n’avoir imposé aucun confinement à sa population.

Les pays européens ne se sont donc pas accordés au sujet de la gestion de la crise. Ce propos peut également être illustré par la question de la gestion de la fermeture des frontières européennes. En effet, certains pays ont fermé leurs frontières rapidement, à l’inverse d’autres, contribuant certainement à la prolifération du virus sur une plus grande aire géographique.

Cependant, la Commission européenne, en charge de la coordination de la réaction européenne face à la Covid-19, a travaillé à la solidarité des pays européens pour atténuer les effets socio-économiques de la pandémie. Pour cela, les réponses de l’UE ont été données en plusieurs temps Dans un premier temps, le 27 mai 2020, la Commission européenne a lancé le plan de relance économique NextGenerationEU de 750 milliards d’euros. Son objectif est de répondre à la crise économique qui découle de la Covid-19, notamment par le renforcement ciblé des budgets à long terme pour l’UE de 2021 à 2027. Ensuite, début juin 2020, la Banque Centrale a prolongé le plan de relance par un programme de rachat de 660 milliards d’euros de dettes. En parallèle, la Commission européenne a introduit et proposé un certain nombre de flexibilités, en matière d’aides aux État, pour ne citer que cela. Les chefs d’Etat et de gouvernements européens se sont finalement entendus en faveur de la mise en œuvre du plan de relance de 750 milliards d’euros le 21 juillet 2020. Les premières subventions pour les pays membres sont annoncées pour l’été 2021, le temps que les parlements nationaux autorisent la Commission à adresser ces subventions.

L’UE s’est donc engagée face à la crise sanitaire, notamment sur le plan monétaire en créant des dispositifs de lutte contre les effets de la Covid-19 sur les économies des pays membres. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, mise sur la solidarité européenne notamment sur le plan sanitaire en coordonnant les pays membres qui peuvent se mobiliser pour apporter une aide à ceux qui en ont le plus besoin. Cela passe par exemple par le don d’équipements de protection tels que des masques, la mise à disposition des traitements transfrontaliers aux malades et assurer les transferts des malades dans des pays dont les hôpitaux sont moins saturés. 

Souhaitant s’impliquer sur le plan sanitaire, l’Union européenne s’est positionnée dans le développement de vaccins contre la Covid-19. Dès l’été 2020, la question de leur fabrication a été au centre des préoccupations, ces derniers étant perçus comme l’espoir de sortie de crise. C’est ainsi que l’UE a joué un rôle déterminant dans la signature de contrats de préachats auprès de plusieurs laboratoires. Le souhait était d’atteindre 2,275 milliards de doses. L’UE a autorisé la mise sur le marché de vaccins issus des laboratoires Pfizer/BioNTech, et Moderna. Les stocks négociés avec ces laboratoires avaient pour objectif de couvrir les vaccinations de l’ensemble du continent. Le 27 décembre 2020, les premières campagnes de vaccination ont démarré dans les Etats membres. Le 8 janvier 2021, Ursula von der Leyen déclarait vouloir « vacciner un maximum d’Européens et d’Européennes ». Pour autant, malgré la stratégie de commandes massives de vaccins, l’Europe peine une fois de plus à gérer les campagnes qui s’avèrent hétérogènes selon les pays. Le problème est cette fois davantage logistique : les personnels et lieux pour les vaccinations sont insuffisants, les approvisionnements ne sont pas assurés par les laboratoires, retardant une fois encore le chemin vers une sortie de la crise sanitaire. L’élargissement de la vaccination aux personnels soignants de plus de 50 ans suppose alors une hausse des besoins en doses de vaccin, complexifiant encore davantage la logistique européenne. 

Une stratégie française efficiente ?

La France fait face à une crise inédite, d’où la difficulté d’anticiper les problématiques qu’on connait aujourd’hui. Mais elle fait les frais d’une réussite en demi-teinte. La stratégie du Gouvernement pour faire face à la Covid-19 s’articule autour de trois axes : limiter la propagation par le confinementrenforcer nos capacités sanitaires, et optimiser les moyens nationaux. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement a misé sur un confinement total ou partiel, laissant certains secteurs face à d’importantes difficultés, parfois sans retour en arrière possible. La dynamique de sortie de crise à court terme a aujourd’hui laissé place à un agacement généralisé de la population française qui est confrontée à une crise économique et sociale sans précédent. La frustration de certains secteurs est d’autant plus grande que nos voisins européens ne pratiquent pas les mêmes restrictions. En effet, même si au début de la pandémie en Europe, l’ensemble des stratégies européennes convergeaient autour de mesures semblables, aujourd’hui, certains pays de l’Union européenne s’accordent sur un retour à « une vie normale » (supposant l’application d’un protocole sanitaire strict). L’Espagne ou encore l’Italie, ont réouvert restaurants, bars et lieux culturels. En Espagne, s’appliquent des restrictions sanitaires propres à chaque région.

Il serait difficile de se prononcer sur l’efficacité de la stratégie gouvernementale française car la pandémie est encore au cœur de l’actualité. Pour autant, quelques constats peuvent être évoqués.

Le premier étant l’oscillation permanente entre restrictions de libertésconfinement totalconfinement partielouverture ou fermeture de certains types d’établissements. L’incertitude qui plane quant à l’avenir du virus sur le territoire contraint le gouvernement à adopter des mesures à très court terme et sur des périodes variables. Ce manque de projection dans l’avenir impacte considérablement le secteur économique du pays, découlant vers une crise sociale. Deuxièmement, la France a fait les frais dès le début de l’épidémie de sa forte propension à délocaliser les productions de denrées stratégiques. Cette dépendance de l’extérieur a amplifié la gestion efficace de la crise, notamment en ce qui concernait les masques. Enfin, la campagne de vaccination était annoncée comme la promesse d’un « retour à la normale ». Pour autant, comme évoqué précédemment, des problèmes logistiques à l’échelle européenne viennent entacher cette dynamique.

Malgré les nombreux efforts déployés pour limiter les effets économiques et sociaux de la Covid-19 en France, le gouvernement semble aujourd’hui submergé par cette crise sanitaire latente.

Cependant, la France est loin d’être le mauvais élève en matière de gestion de crise. En effet, le Brésil n’a pas pris les mesures nécessaires pour limiter la propagation du virus. Les Etats-Unis, à cause d’un système de santé onéreux, ne permet pas forcément l’accès aux soins pour les plus précaires. Dans ces pays-là, on comptabilise respectivement 240 940 et 487 855 décès, contre 82 812 en France.

Quel sera l’après-Covid-19 ?

En définitive, la pandémie de Covid-19 a bouleversé les systèmes de gestion de crise des pays de l’Union européenne, qui ont souvent connu des succès en demi-teinte. Dans un premier temps, les pays de l’UE n’avançaient pas à l’unisson. Pour autant, la crise a permis aux institutions européennes de prendre des initiatives dans l’objectif de stopper cette pandémie le plus rapidement possible. L’Union européenne s’est d’ailleurs positionnée indispensable pour relever les économies des différents États membres. La construction de l’Union européenne s’est fondée sur une limitation de la souveraineté étatique au profit d’une instance supra-étatique. Pour autant, cette crise impose une restructuration de la notion de souveraineté. En effet, la crise de la Covid-19 est donc devenue le déclencheur d’une remise en question du modèle existant en Europe. La présidente de la Commission européenne a d’ailleurs évoqué la nécessité de s’impliquer massivement dans le développement de nouvelles compétences comme sur le plan de la santé, de meilleures capacités d’anticipation et de gestion de crise. L’UE doit se doit également de miser sur l’unité et la solidarité entre Etats.

Sources

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