La Tribune – Au revoir, bougon: Bacri, la douleur du sourire

La Tribune du Supplément Enragé du 19 janvier 2021, hommage à Jean-Pierre Bacri, mort hier des suites d’un cancer, à l’âge de 69 ans. Par Live A. Jeje.

Bacri s’est éteint comme il a vécu discrètement, pour ne pas qu’on l’emmerde.

Le monde de la culture, les médias, les politiques. Les simples spectateurs et téléspectateurs ont rendu hommage à un des acteurs français les plus populaires de la fin du XXe siècle. Jean-Pierre Bacri s’est éteint à 69 ans des suites d’un cancer. Un décès de plus dans un cinéma français qui en quatre ans a accumulé un nombre considérable de pertes de personnalités de premier plan, entre les derniers rescapés des légendes de l’Age d’Or du cinéma d’avant et d’après-guerre (Danielle Darrieux, Jeanne Moreau & Michèle Morgan) que les acteurs de la génération des « Seigneurs » révélés au cours des 60’s et 70’s et les cinéastes de la Nouvelle-Vague (Stéphane Audran, Charles Aznavour, Claude Brasseur, Françoise Brion, Mireille Darc, Robert Hirsch, Robert Hossein, Anna Karina, Marie Laforêt, Victor Lanoux, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Mocky, Marie-Josée Nat, Michel Piccoli, Claude Rich, Emmanuelle Riva, Jean Rochefort, Agnès Varda…), qu’il ne reste à présent de ces époques bénies du 7e art hexagonal que quelques survivants (Belmondo, Bouquet, Delon, Depardieu, Trintignant et chez les femmes Anouk Aimée, Brigitte Bardot et comme doyenne Micheline Presle).

Un acteur et scénariste grinçant

Il est très rare, depuis le nombre d’années que j’écris à présent pour ce journal, de voir dans mes articles un seul “je“, un seul “nous“. Je tente autant que faire se peut de bannir également les “on“. J’ai du employer un style rédactionnel direct deux à trois fois sur la centaine d’articles que j’ai publié. Mais, que l’on pardonne mon égocentrisme, j’aimerais ouvrir cet hommage par une anecdote qui m’est arrivée il y a de cela 3 ans. Alors étudiant (je quitterai ce foutu UFR de m**** quelques semaines plus tard, arrivé au bout des ressources qui forgeaient ma capacité à supporter le mépris, le communautarisme d’extrême-gauche ambiant, les opinions bien trop hautes que ceux qui enseignaient, pour la majorité des ratés, avaient d’eux-mêmes) à Paris 8, à St-Denis, en cinéma, je devais, dans le cadre d’un cours de mise en scène, endosser le rôle du réalisateur qui doit amener ses comédiens à livrer la meilleure performance possible sur une séquence de Scènes de la vie conjugale, du génial Ingmar Bergman, où le couple, en faisant la vaisselle, se rend compte que bien qu’ils s’aiment encore, qu’ils n’en sont pas encore arrivés au point de non-retour nécrosant le couple d’amis avec lequel ils viennent de dîner, certains signes pouvaient laisser présager qu’ils en prenaient le chemin. Puis, une fois noté sur ma mise en scène, pour ma part impeccable, pour ma prof très subtile, intéressante (pour être honnête, je ne devais cela qu’au fait que j’avais déjà eu à m’occuper de la mise en scène de deux courts-métrages), je devais à mon tour jouer le rôle du mari de Liv Ullman dans le film, campée dans ce couloir tagué de revendications communistes révolutionnaires laissées par des petits bourgeois honteux de leur condition sociale confortable (les pauvres étaient ridicules à souhait…), par une amie proche. Ce n’était absolument pas prévu mais le challenge ne m’inquiéta pas outre-mesure. Je connaissais par cœur les longues tirades, au contenu banal, que chacun des deux personnages échangeaient dès qu’ils prenaient la parole et bien que je me trouve moyen devant une caméra, mon orgueil cède facilement aux flatteries de ceux que je sais sincère et qui, au lieu de me prétendre le contraire (ce sont dans ces moments-ci que l’on reconnaît le véritable ami, qui ne se répandra pas en éloges interminables, précisera qu’il y a de quoi s’améliorer mais loueront les qualités qu’ils auront trouvé à ma partition), estiment qu’il y a dans mon jeu d’acteur, les rares fois où je me prête à l’exercice, une dimension très froide, réaliste, capable d’éructer ou de céder à l’exagération que l’on demande aux comédiens d’usiter lorsqu’un personnage s’empreint soudain d’exubérance, puis de retomber dans un registre minimaliste si ce n’est efficace, au moins crédible. Durant les quelques minutes que j’avais pour me préparer, je me suis demandé comment, moi qui était à présent l’acteur et non plus le metteur en scène qui avait travaillé afin de fournir des indications précises pour optimiser ma note en adaptant mes choix de mise en scène à ce que je soupçonnais des capacités de l’acteur amateur que j’avais à diriger, jouer ce personnage de mari enfermé dans sa routine, n’en souhaitant pas plus, mais venant d’être confronté à un risque de voir son couple se briser par le train-train quotidien. J’ai trouvé une réponse dans un équilibre entre le type de silences que nous nous surprenons à avoir dans la vie quotidienne et qui en disent long sur ce que l’on souhaite justement garder tacite, et des répliques au débit rapide, propres à celui avec lequel l’on débite nos arguments lors d’une discussion de cet acabit, plus que susceptible de nous mettre mal à l’aise. Nous jouâmes la scène, et alors que cette fois, l’enseignante ne semblait pas convaincue, me trouvant trop froid, distant, les autres membres de l’équipe la contredirent, arguant que c’était justement ce qui rendait mon interprétation intéressante. Ma partenaire d’infortune m’étonna soudain en déclarant, comme si la référence suffisait à clore la conversation, que j’avais été bon, qu’elle avait eu l’impression de tourner une scène avec Jean-Pierre Bacri. Et en effet, le débat se clôt à ce moment-ci, l’enseignante mécontente d’être contredite tournant les talons. 

Jean-Pierre Bacri, bien qu’ayant commencé sa carrière dans les années 1970, n’était pas de ces acteurs qui ont percé au cours de cette décennie. Contrairement à un Depardieu ou un Patrick Dewaere, il fallut beaucoup de temps à cet artiste pour apprivoiser le public. C’est en 1982 que ce dernier l’a véritablement découvert, dans un 2nd rôle de proxénète pied-noir râleur et misogyne dans Le Grand Pardon d’Alexandre Arcady puis en 1985 aux côtés de Christophe Lambert, Isabelle Adjani et Jean-Hugues Anglade dans Subway, film qui a fait de Luc Besson un réalisateur renommé. L’année suivante le vit figurer aux génériques de films où il interprète des rôles plus importants. Cependant, c’est sur les planches, où il commença, et sur lesquelles il continuera de monter au fil des décennies de temps à autres, que ce soit dans ses propres pièces ou en tant que comédien, qu’il fit une rencontre plus que déterminante en la personne d’Agnès Jaoui, avec qui c’est le coup de foudre immédiate. Une relation fusionnelle, d’une rare complémentarité ne tardera pas à les unir sentimentalement comme dans leurs professions, chacun parlant de l’autre comme de son “âme-sœur“. Le couple se met à l’écriture scénaristique, des adaptations de pièces de théâtre, qui ne tardent pas à bouleverser le genre pour imposer leur patte et dépoussiérer la comédie à la française d’un style devenu une référence lorsque l’on traite du cinéma des années 90. Ils rencontrent le succès, d’abord en 1993 dans Cuisine et dépendances de Philippe Muyl dans lequel ils jouent tous deux, puis restent derrière la caméra en signant le scénario de Smoking / No Smoking, une comédie fantaisiste en deux parties mise en scène par le légendaire Alain Resnais à qui ils permettent d’obtenir ses 2èmes césars du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1994. Ils sont eux-mêmes récompensés pour ce film par le prix du meilleur scénario.  

Pierre Arditi et Sabine Azéma, stars de Smoking / No Smoking, immense succès d’Alain Resnais (1993)

La notoriété de Jean-Pierre Bacri commence à décoller à cette époque, où il multiplie les comédies, rendant peu à peu culte ses personnages de quarantenaires boudeurs, que ce soit celles dont ils participent à l’élaboration comme Un air de famille de Cédric Klapisch (où il campe le rôle principal et qui vaut au binôme Bacri-Jaoui, affectueusement surnommé « Bajac » par Alain Resnais, un second césar du meilleur scénario en 1997) que lorsqu’il apparaît en caméo auprès de ses amis Gérard Darmon et la troupe des Nuls comme en 1994 dans La Cité de la peur, film devenu culte pour toute une génération d’afficionados.

Un air de famille, comédie familiale devenue culte de Cédric Klapisch (1996)

En 1997, il entre véritablement dans le cœur des français grâce à deux comédies, l’une où il retrouve Alain Chabat, Didier, où ils se partagent le haut de l’affiche, puis en tant que scénariste et acteur dans On connaît la chanson d’Alain Resnais, qui gagne l’année suivante un 3e césar du meilleur film, record dans la catégorie, tandis que Bacri & Jaoui remportent un 3e césar du meilleur scénario et chacun d’entre eux les prix des meilleurs seconds rôles masculins et féminins.

3e César du meilleur scénario pour le couple Bacri / Jaoui en 1998 pour On connaît la chanson, d’Alain Resnais.

Devenu acteur de premier plan, il enchaînera les nominations au césar du meilleur acteur en 2000 pour Kennedy et moi, en 2001 pour Le Goût des autres, succès critique et public réalisé par Agnès Jaoui (où ils remportent une 4e fois le césar du scénario) puis dans Les Sentimets de Noémie Lvovsky en 2004.

Bande annonce de Le Goût des autres d’Agnès Jaoui, succès critique et commercial (2000)

Les années qui suivent seront plus discrètes. Après avoir coécrit avec Alain Chabat Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, carton de l’année 2002 (devenant à l’époque le 2nd film français le plus vu au cinéma derrière La Grande Vadrouille ; il demeure aujourd’hui le 4e, ayant été battu par Bienvenue chez les Ch’tis en 2008 et Intouchables en 2012), réussissant l’exploit pour une comédie d’être encensée par la critique, et dans lequel il fait une courte apparition en voix-off d’un documentaire sur les langoustes interrompant quelques secondes, dans un ressort comique réussi, pour que le public ne soit pas « choqué » de voir Gérard Depardieu en train de massacrer les soldats romains qui tentent de détruire le palais que Jamel Debbouze construit pour Cléopâtre & César, il rempile dans le prochain film de sa compagne, Comme une image, drame qui révèle l’actrice Marilou Berry, fille de Josiane Balasko.

La fameuse séquence de La Langouste (Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre d’Alain Chabat, 2002)

La fin des années 2000 l’éloigne du cinéma (l’échec critique et public de Parlez-moi de la pluie, toujours d’Agnès Jaoui, où il est confronté à un Jamel Debbouze dans un rôle dramatique qui ne parvint hélas pas à convaincre les spectateurs), et il faudra attendre 2012, année de la séparation du couple qu’il formait avec Jaoui, avec qui il restera néanmoins très proche, où il crée la surprise en incarnant le premier rôle de Cherchez Hortense, qui signe son retour à la comédie et lui vaut une 4e nomination au césar du meilleur acteur, complétée d’une 5e pour La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc en 2016 et d’une 6e pour la comédie à succès Le Sens de la fête, du duo Nakache-Toledano, où il apparaît favori pour la statuette, bien qu’il sera battu sur le fil par Swann Arlaud.

Versant désormais majoritairement dans la comédie, il fait une dernière apparition pour son ami Chabat dans Santa & Cie, puis occupe le premier rôle de la comédie Place publique d’Agnès Jaoui, qui sera son avant-dernier film, campant le rôle d’un présentateur d’une émission de télévision réputée putassière et dont les records d’audience se sont peu à peu raréfiés, jusqu’à menacer l’existence du programme et sa notoriété qui décline avec l’âge, qui se heurte lors d’une pendaison de crémaillère aux reproches de sa famille, son ex-femme (campée par Agnès Jaoui, évidemment) en premier lieu, et à des rencontres parmi les nombreux invités, issus de la Jet Set parisienne. L’occasion d’endosser pour la dernière fois les oripeaux du personnage nerveux, blasé, revenu de tout, éternel râleur et cynique qui lui avait permis d’entrer dans le cœur de tant de français.

Bacri cinéma = Bacri dans la vie ?

Au cours de ses quatre décennies de carrière, Jean-Pierre Bacri a entretenu l’image d’homme froid, fataliste (« stoïcien » avait-il employé afin d’expliquer que cela lui permettait de faire son deuil de bien des choses à la vitesse « supersonique »), misanthrope, dont les rares sourires finissaient par se tordre en grimaces. Comme si la simple action finissait par lui causer une vive douleur, si bien qu’une interrogation demeura quant au degré de caricature de lui-même qu’il interpréta dans ses films devenus les plus célèbres. La presse française et le web ne manque d’ailleurs guère de bonnes formules depuis l’annonce de sa disparition pour lui rendre hommage : le « Droopy éructif » pour Le Monde, « Jamais content, toujours brillant » du côté du Parisien, « Un nerf de famille » en référence au film culte pour Libération, la « Colère zen » pour Yahoo. Même Boursorama y va de son grain de sel en lui consacrant un hommage intitulé « le ronchon préféré du cinéma français ».

Une anecdote, rapportée par l’un des réalisateurs du Sens de la fête, son dernier succès commercial et critique, ne manque pas de confirmer l’amalgame qui s’était créé au sujet de sa personnalité. C’est avec la même appréhension que lors du tournage de « Je préfère qu’on reste amis », où Gérard Depardieu avait accepté, alors que le duo Nakache-Toledano ne concevait même pas d’oser lui demander, de porter le film aux côtés de Jean-Paul Rouve, qu’ils dirigèrent Bacri dans Le Sens de la fête. Pour les deux cinéastes, Depardieu et Bacri étaient des légendes et les mettre en scène s’avérait un pari compliqué, aux vues de certaines frasques dont Depardieu est apparemment coutumier sur certains tournages, et de l’incertitude qu’ils avaient devant la froideur, le visage si souvent fermé affiché par Bacri. Le coréalisateur de confirmer qu’en effet, Jean-Pierre Bacri, bien que respectueux et professionnel, n’était que très peu loquace et expressif. Lors d’une projection du film à laquelle Bacri assistait, il lui avait été demandé de faire un effort si le public lui demandait des autographes ou des selfies. Solitaire, taiseux, très peu habitué à ce genre d’exercices, Bacri avait dans un premier temps accepté, puis alors qu’il avait posé avec une spectatrice et que ne se sentant guère à sa place, il tentait d’échapper le plus rapidement possible à la foule, cette dernière l’interpella avec déception en lui signifiant que la photo était floue, sans doute dans l’espoir d’en prendre une autre. Et Bacri de répondre de son air ronchon « et bah elle est floue… » avant de s’effacer.

Les mots de son ami, l’acteur Pierre Arditi, qui remporta son césar du meilleur acteur en 1994 dans Smoking / No Smoking notamment grâce au scénario concocté par Bacri & Jaoui, et qui lui rend hommage sur le site internet du Parisien semblent retranscrire à la perfection qui était véritablement Jean-Pierre Bacri.

« Je l’ai vu pour la première fois au théâtre, bien avant qu’il soit connu. Il jouait Le Grain de sable aux Mathurins, il y a 40 ans. J’ai vu ensuite Cuisine et dépendances, où il jouait déjà avec Agnès Jaoui. J’avais vraiment beaucoup aimé ce qu’ils avaient écrit. C’était acide et clairvoyant. J’en avais parlé à Alain Resnais, qui cherchait quelqu’un pour adapter Smoking / No Smoking, qui a remporté de nombreux Césars, dont un en particulier pour le scénario d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. On a tourné ensemble dans On connaît la chanson. Je pense évidemment à Agnès, qui doit être dévastée.

C’était quelqu’un d’absolument atypique dans le métier. C’est pas juste un ronchon, un râleur. C’est quelqu’un qui regarde le monde, sous les jupes du monde, et qui râle quand ça ne lui convient pas. Mais avec une tendresse qui tourne par en dessous. C’est quelqu’un de totalement intransigeant, avec un combat humain auquel il s’est toujours tenu. Une sorte de modèle bien sûr, talentueux au-delà de ce qu’on peut imaginer. Il n’a jamais contredit ce en quoi il croyait, l’exact contraire d’un people. Il avait une rage en lui, pas de haine. Des tas de gens se retrouvaient dans ce râleur impénitent, qui n’était pas seulement un râleur, mais un rêveur, un idéaliste. »

Un comédien engagé et indépendant 

Mais le comédien, si ronchon et non-désireux de plaire aux convenances, de séduire, tel qu’il l’expliquait à Claude Sérillon lors d’une interview extraite d’un JT en 2000, qu’il était, est salué pour la tendresse qui se cachait sous cette carapace introvertie, parfois capable d’érupter de colère.

Jean-Pierre Bacri au JT de France 2 (2000)

Il put le démontrer à plusieurs reprises que ce soit par certains excès que cet épicurien ne se refusait pas (comme l’a décrit Gérard Darmon il y a quelques mois lors de l’exercice désormais célèbre de l’interview « sandwich » – à comprendre des questions autour de la consommation de l’interviewé de cannabis – de Combini), ou des coups de gueule sincères, peu importe qu’ils visent des collègues avec qui il avait collaboré, comme sa consternation face à l’attitude d’Antoine de Caunes et de Jamel Debbouze aux césars 2013, alors que des intermittents du spectacle, dont la cause est défendue par le duo Bacri / Jaoui depuis des années, tentaient de sensibiliser le public aux difficultés qu’ils rencontraient, ou encore via ses propos sur sa difficulté de faire la promotion des films dans lesquels ils jouaient et son hermétisme à la critique, tenus dans C à vous, quelques années plus tard.

Bacri et Jaoui en colère après Antoine de Caunes et Jamel Debbouze (2013)

« Je n’ai pas envie de m’emmerder avec la promo, parce que la promo c’est hyper long, il faut défendre le truc, et quand je ne suis pas en accord avec moi je m’ennuie et j’aurais peur de pas être à la hauteur si je défendais un film moyen ou un peu indigent que je n’ai pas aimé. […] Ni critique, ni promo, je ne veux pas savoir. Je n’autorise pas les gens à me parler . Je n’autorise pas les gens à me dire ce qu’ils pensent de moi parce que je ne les connais pas, ils ont une opinion comme tout le monde, et donc je ne vois pas pourquoi je m’emmerderais à regarder ce que pensent les gens de moi. […] Pour moi les critiques sont inutiles. Pour moi ce sont des intermédiaires qui se rendent intéressants, qui montrent en général la singularité de leur plume, entre eux ils sont enchantés de se lire, et moi je m’en fous de ces gens-là, ils ne comptent pas, ils ne font pas de l’art, ils font du commentaire, je m’en fous moi des commentateurs. »

Homme engagé, ayant parrainé le collectif antiraciste Devoirs de mémoires, politiquement de gauche, il avait notamment soutenu Anne Hidalgo en 2014 lors de sa candidature à la mairie de Paris, il répondait sans filtre et du tac-au-tac à ceux qui le dépeignaient comme un parangon du « bobo » parisien, du fait du train de vie que son statut d’acteur de premier plan lui conférait.

« Je fais du cinéma, j’ai de la chance de recevoir des scénars, j’ai un peu d’argent de côté et j’habite dans le VIe. Mais pour tout le reste, non. Je ne vais jamais aux premières, jamais dans les trucs où on distribue des téléphones, et mes amis n’ont aucun rapport avec ce métier. […] bobo […] c’est comme le mot gauche caviar. J’espère que j’ai le droit d’être de gauche tout en ayant de l’argent. Ce communautarisme à l’envers, ça me débecte. »

Jean-Pierre Bacri a beau avoir tiré sa révérence, discrètement, comme il aimait à le faire, l’image de l’intransigeance face à la critique, de la fidélité à ses convictions demeurera intacte quand les français se rappelleront avec nostalgie du trublion le plus indépendant de leurs acteurs.

Sources

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