Les Enquêtes du Sup – Venezuela, pays en chute libre

Une nouvelle Enquête du Supplément Enragé d’Alexandra Marchand quant à la situation plus que fragile au Venezuela, et de la détresse de son peuple.

par Alexandra Marchand

Doté des premières réserves pétrolières mondiales, le Venezuela était dans les années 1970 le pays le plus riche d’Amérique latine. Aujourd’hui, le pays est fui par ses habitants et sa capitale Caracas, est devenue la seconde ville la plus dangereuse du monde derrière Los Cabos au Mexique. De nos jours, un quart de la population vénézuélienne souffre de la faim et le pays est devenu une plaque tournante du trafic de drogue, plus particulièrement de la cocaïne. Mais comment expliquer une telle descente aux enfers ?

Une hyperflation de Venezuela drastique…

Le 18 février 1983, le pays connut comme le « Viernes Negro« , le vendredi noir, qui marque le premier jour de la dévaluation de la monnaie nationale, le bolívar. Depuis 2013 et sous la présidence de Nicolás Maduro, une inflation croissante plonge le Venezuela vers une situation économique et humanitaire désastreuse. Alors que l’économie vénézuélienne est dépendante de la rente pétrolière, sa chute débute en 2013 et fait baisser les revenus de l’État, plongeant le pays dans une grave crise économique. Découle de cette crise la maladie, le crime, une famine croissante, et un taux de mortalité élevé, résultant d’une émigration massive, alors que le Venezuela était dans les années 1970 un pays riche, dû à une croissance économique extraordinaire, traduite par ses immenses réserves pétrolières. À l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, ces réserves sont mal régies par le président qui privilégie le pétrole au détriment d’autres pans de l’économie, résultant à une économie mono-active et décourageant l’exportation d’autres produits, tels que le café et le cacao qui en sont victimes. Le pétrole représentant 90% des recettes d’exportations, le Venezuela se retrouve exposé aux changements des cycles de la demande pétrolière et son économie en devient entièrement dépendante. Hugo Chávez en est responsable par sa politique socialiste connue sous le nom de chavisme, ainsi que la forte corruption présente au sein du gouvernement. Grâce à une exportation massive de pétrole, il finance des programmes sociaux qui ont contribué à la baisse du taux de pauvreté entre 2003 et 2010, affectant cependant la maintenance des infrastructures pétrolières. Entre 2004 et 2005, Hugo Chávez prend la décision de procéder à un licenciement massif des ingénieurs de la compagnie pétrolière nationale la PDVSA, une façon d’étouffer les grèves des employés.

…suivie d’une crise présidentielle

venezuela guerre politique de succession
Président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó (à gauche) et  le président élu Nicolás Maduro (à droite) Crédits : STF – AFP

La crise économique traversée par le Venezuela trouve également ses racines dans un système politique régi par la corruption. Suite à la mort d’Hugo Chávez en 2013, son successeur Nicolás Maduro se présente comme son « fils spirituel » en prenant sa succession. Il présente son programme comme la continuité de Chavez, en privilégiant les mesures sociales financées par les revenus pétroliers. À son arrivée au pouvoir, la situation économique du pays est déjà en plein déclin s’ajoutant à la chute du prix du pétrole et de sanctions économiques de la part des États-Unis en 2017. De plus, Nicolás Maduro est accusé de jouer un rôle dans l’organisation et la gestion de l’un des plus grands cartels de drogue du monde, Los Soles, entre la Colombie et le Venezuela.

Le 10 janvier 2019, une crise présidentielle éclate concernant la légitimité de la présidence du pays entre Maduro réélu en 2018, et Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale depuis le 5 janvier 2019. Due à l’élection présidentielle de 2018 dénoncée comme truquée, corrompue, la présidence de Maduro est dès lors considérée comme illégitime, permettant à Juan Guaido de se proclamer Président par intérim, jusqu’à la tenue d’élections transparentes.

A l’étranger, il est reconnu comme président légitime par une soixantaine de pays, dont la France et les États-Unis, mais ne possède pas de réel pouvoir. En effet, afin de se maintenir au sommet de l’Etat, le gouvernement de Maduro supprime l’Assemblée nationale, au sein de laquelle l’opposition est majoritaire, et crée une assemblée constituante siégeant en parallèle et composée majoritairement de chavistes.

De son côté, Maduro est reconnu par la Chine, Cuba, la Russie, le Mexique et l’Iran, et le soutien qui lui est apporté par l’armée lui permet de poursuivre l’exercice de ses fonctions. Le 22 mars 2020, le procureur américain William Barr inculpe Maduro, ainsi que d’autres membres du gouvernement, de « narco-terroristes », avec pour récompense symbolique, la somme 15 millions de dollars pour sa tête.

Venezuela: un peuple aux abois

Alors que la violence, la pauvreté et la dévastation de la crise s’accélèrent, 4,9 millions de Vénézuéliens, soit 15% de la population fuient le pays depuis 2015 selon le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme. Suite à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, l’étatisation de l’économie engendre la fermeture de nombreuses entreprises privées, d’hôpitaux et de cliniques, conduisant à un accroissement des violences, et une forte émigration. Cette émigration massive est très déstabilisante pour le Venezuela, pays étant dans le passé un pays d’accueil.

Attiré par l’abondance pétrolière et fuyant les régimes autoritaires, le Venezuela représentait à l’époque une terre d’accueil pour les Latino-américains et les Européens. Aujourd’hui, le peuple vit un enfer au quotidien et se meurt dans une nation dans laquelle l’accès à la nourriture est très difficile. Avec un taux de change d’environ neuf bolívars pour un dollar, le peuple n’a plus les moyens de se nourrir, ou même se soigner manquant d’accès aux ressources nécessaires, tels des médicaments. Dû à un système de santé qui s’effondre, des maladies telles que la diphtérie ou la rougeole deviennent une réalité mortelle. De ces pénuries découle une mortalité infantile en hausse de 30%, et dans sa grande majorité, sa population a perdu en moyenne 9 kilos par habitant. Le peuple vénézuélien fait également face à un dysfonctionnement constant des services publics, limitant leur accès à l’eau, l’électricité, aux transports collectifs, et à une connexion internet. Souffrant d’un grand trafic de cocaïne, dû à son degré élevé de corruption au sein du gouvernement, la violence fait partie du quotidien des Vénézuéliens vivant dans la pauvreté et la détresse. Toutes les six semaines, le peuple peut recevoir de la part du gouvernement une caisse d’aliments à prix subventionnés, dont la variété reste très restreinte. Une habitante de Caracas témoigne auprès de l’AFP: « Il n’y a que trois kilos de riz, trois paquets de spaghettis et de l’huile. Qui peut vivre avec ça? », une autre dénonce le manque d’accès aux produits nécessaires: « Ça fait longtemps que j’ai envie de manger du poulet avec du riz et des pommes de terre. J’ai le riz et les pommes de terre, mais pas de poulet. Tu travailles et tu travailles, pour rien. Avant, tu pouvais manger ce que tu voulais, plus maintenant ».

Sources

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