Les enquêtes du Sup – Dubaï, paradis illusoire

A l’occasion des 20 ans de la loi française reconnaissant l’esclavage et la traîte négrière comme crime contre l’humanité, Stanislas Montamat a mené l’enquête sur les nouvelles formes d’esclavage avec comme étude de cas : Dubaï.

A l’occasion des 20 ans de la loi française de reconnaissant l’esclavage et de la traite négrière comme crime contre l’humanité, Stanislas Montamat propose une enquête sur l’esclavage moderne et son symbole : Dubaï.

Par Stanislas Montamat

Alors qu’aujourd’hui, des centaines de français se précipitent afin de s’installer à Dubaï, un “el dorado” futuriste, une vérité plus sombre se cache derrière l’image. Architecture indécente et ultra moderne, ses villas de rêve bordées par des « fausses mers » et tout cela en plein milieu du désert, comme des faux airs de Las Vegas. Les voitures luxueuses, un zoo où les animaux les plus rares y sont exposés, tous les magasins de luxes possibles et enfin un grand paradis fiscal avec un taux d’imposition inexistant. Dubaï telle qu’elle le paraît, n’est autre qu’un rêve plongé au milieu du Golfe Persique.

Dubaï, un eldorado controversé

La population de Dubaï n’est composée que de 5% d’émiratis, le plus grand nombre étant des étrangers. Travailleurs occidentaux au compte des multinationales, ouvriers précaires et domestiques venant pour la plupart d’Asie du Sud Est :  soit environ 2,8 millions d’indiens, 1,1 millions venant du Bangladesh, 950 000 pakistanais, 715 000 Égyptiens et 418 000 venant des philippines, soit environ 6 millions d’ouvriers non qualifiés. Fuyant la misère de leur pays, ces derniers groupes sont exploités au bénéfice de la ville en elle-même ou bien des multinationales. Cela étant, ces travailleurs arrivent avec l’idée illusoire qu’ils gagneront bien leur vie, qu’ils pourront même soutenir leur famille. Seulement, la réalité détruit toutes leurs espérances. Dès leur arrivée, on leur confisque leur passeport, leur enlevant toute possibilité de pouvoir partir. Mais cela ne s’arrête pas là.  En effet, la construction de la magnifique tour surplombant Dubaï « Burj Khalifa » a nécessité l’emploi d’environ  10 000 travailleurs. Œuvrant à la magnificence de ce nouvel el dorado, sans filet ni harnais. Le nombre de morts ne s’élèverait que soit disant à un seul. Entre chaleur suffocante, nombre d’heures de travail non réglementé (7 jours/7), et dans des conditions ignorant toutes normes de sécurité, le doute quant à la véracité des ces propos est plus que présent. Un fait que l’ONG Human Rights Watch n’a cessé de dénoncer, invoquant plus de 6 000 morts. Un propos que contredit largement les Emiratis, en imputant ces décès à des morts naturelles.

Malheureusement, outre ces conditions de travail inhumaines, leur cadre de vie l’est tout autant. Entassés dans des baraquements insalubres à parfois plus de 10 dans la même chambre. Ils sont dans l’impossibilité de prendre du repos. Par ailleurs, leur salaire d’environ 2,85 € par jour leur permet à peine de subvenir à leurs besoins vitaux. Ainsi, lorsque l’on s’en remet à la définition de l’esclavage soit « le fait pour un groupe social d’être soumis à un régime économique et politique qui le prive de toute liberté,  contraint à exercer les fonctions les plus pénibles sans autre contrepartie que le logement et la nourriture », on peut sans se tromper considérer que ces travailleurs sont des esclaves, modernes certes, mais esclaves.

Face à cela, les travailleurs n’ont aucun moyen de faire valoir leurs droits. Le gouvernement ayant lui-même des parts dans les multinationales, par exemple les travaux de BTP sont uniquement confiés à la multinationale propriété de la famille Ben Laden, elle-même proche de la famille royale. Ce qui donne le schéma suivant en termes d’opposition politique: syndicalisme illégal, les grèves, elles, sont interdites. Les quelques manifestations sont suivies d’expulsions.

Autre scandale actuel : la prochaine coupe du Monde

La prochaine coupe du monde de Football sera organisée en 2022 au Qatar. Obligés de construire six stades pour accueillir cet événement, ils utilisent une grande quantité de main-d’œuvre. Pour la plupart venant des pays étrangers, ils travaillent aussi dans des conditions inhumaines : il y aurait plusieurs milliers d’accidents mortels du travail.

Le scandale est si important que des Fédérations Nationales appellent au boycott de la coupe du Mond. Selon la fondation Walk Free, à l’époque contemporaine, environ 45,8 millions d’humains seraient maintenus en esclavage dans le monde (2016), dont environ 50% en Inde, en Chine et au Pakistan.

BIBLIOGRAPHIE :

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