Les Enquêtes du Sup – Un homme controversé à la tête de l’UE

Janez Janša, le Premier Ministre controversé à la tête de l’Union Européenne

Une nouvelle enquête du Supplément Enragé consacrée à l’homme politique controversé Janez Janša qui vient de prendre la direction de l’Union Européenne.

par Alizée Studzinski

La Slovénie a officiellement pris la tête du Conseil européen pour un mandat de six mois, soit jusqu’à la fin de l’année 2021. En effet, le 1er juillet, le Premier ministre slovène Janez Janša, connu aussi en tant que « Maréchal Twitto », en référence à l’ancien dictateur yougoslave Tito et à son attrait incontestable pour Twitter, a pris la présidence tournante, entre ses états membres, de l’Union européenne (UE)

Le titulaire du poste, chef du Parti démocratique slovène de droite nationaliste, est un personnage très controversé. Il fait d’abord l’objet de méfiance à cause de sa proximité avec Viktor Orban, Premier ministre hongrois, mis au ban de l’Europe depuis le passage de sa loi répressive sur l’homosexualité. Il est également perçu comme un homme autoritaire, ultra-conservateur et anti-démocratique.

Avant même sa prise de mandat officielle, l’homme politique slovène avait déjà commencé à faire osciller les chefs d’Etats et de gouvernements européens en annonçant qu’à son arrivée à la tête du Conseil européen, il souhaitait offrir à tous ses membres des boutons de manchette à l’effigie de la panthère, animal favori de monsieur Janša, mais également symbole des mouvances ultranationalistes dans son pays.

Un chef de gouvernement autoritaire

Janez Janša est connu pour son désamour des médias d’opposition qu’il estime dénués de crédibilité, voire de légitimité. Prenons le cas de la STA, l’agence de presse nationale, à laquelle le premier ministre slovène a coupé les subventions publiques qu’elle recevait. Il avait même pour idée de mettre en place une loi plus contraignante à l’égard de STA en permettant à l’Etat d’avoir un « grand contrôle de la STA et de pouvoir réduire le financement de la radio publique ».

Afin de compenser les médias écrits, télévisuels et radiophoniques d’opposition qu’il estime illégitimes, le Premier ministre slovène a fondé Nova24TV, sa propre chaine de télévision sur laquelle il prêche ses idées populistes.

Ses positions dissidentes à l’encontre des médias ont été dénoncées par la Commission de l’UE et par des ONG de défense de la liberté de la presse comme Reporters sans Frontières. Il est également peu populaire dans son propre pays. Le 27 mai dernier, monsieur Janša a échappé à une motion de défiance du Parlement slovène (42 députés pour son départ, 44 contre). Le 28 mai, des dizaines de milliers de Slovènes se sont massés dans les rues de Ljubljana pour réclamer la démission de leur Premier ministre. Il est accusé entre autres d’intenter aux libertés publiques, de corruption, et d’utiliser la pandémie de Covid-19 pour attaquer les médias, démanteler les acquis sociaux et porter atteinte à l’indépendance de la justice.

Pour autant, Janez Janša est soutenu, notamment par son « double », le Premier ministre Viktor Orban. A titre d’exemple, des hommes d’affaires proches du Premier ministre hongrois ont investi plus de trois millions d’euros entre 2016 et 2018 dans Nova24TV.

viktor orban janez jansa
Viktor Orban et son homologue slovène (Source: France Culture)

Celui qu’on surnomme « Maréchal Twitto » était pourtant au début des années 2000 loin d’être autant pro-nationaliste. En effet, il était considéré comme un homme « discret », sur qui l’Union européenne s’appuyait pour la promotion d’une plus grande intégration en son sein et du modèle libéral économique et politique de l’UE. Stefano Lusa, directeur des programmes de la radio publique, a ainsi affirmé: « nous étions les meilleurs élèves de l’Union européenne quand nous l’avons rejointe en 2004. (…) Nous voulions être un modèle pour les Balkans, et maintenant nous essayons de copier la Hongrie de Viktor Orban ».

C’est véritablement lors de la crise économique de 2012 et l’accroissement des migrations vers l’Europe, que la vague populiste a véritablement pris de la place dans les politiques européennes, et notamment en Europe centrale.

« Maréchal Twitto », admirateur de Donald Trump

Janez Janša a aussi été rebaptisé « Maréchal Twitto » pour son usage inconditionnel de Twitter, livrant des prises de position pour le moins marquées, ce qui n’est pas sans rappeler l’ancien président des Etats-Unis Donald Trump. Janez Janša s’empare de Twitter quotidiennement, à une cadence folle, en moyenne cent tweets par jour selon Balkan Insight, un média spécialisé dans l’actualité des pays d’Europe du Sud-Est. Ses messages s’orientent toujours sur les mêmes sujets : le dénigrement de ses ennemis politiques, la publication de messages foncièrement misogynes, et faire part de théories complotistes.

Mais l’admiration que le Slovène voue à Donald Trump dépasse la simple dimension de communiquant. En effet, l’homme politique de 62 ans a toujours été en accord avec la politique menée par Donald Trump notamment sur les questions du climat et de l’immigration. Il l’avait même félicité pour son deuxième mandat de Président avant même que le résultat de l’élection soit donné. Fervent admirateur de la politique trumpienne, le Premier ministre slovène s’était même inspiré du slogan « America First » pour son propre compte en le remasterisant en « Slovenia First » à l’occasion des élections générales de 2018.

Janez Janša ne cache pas ses velléités pour les mouvements populistes. Sa proximité avec son soutien et ami à l’intérieur de l’Union, Viktor Orban, inquiète les autres chefs d’Etat membres, à cause du ton autoritaire assumé de ces deux chefs de gouvernement. Pour ces derniers, le libéralisme n’est pas « un élément central de l’organisation de l’Etat », alors même que cette idéologie est constitutive de l’ADN de l’UE.

Quoi qu’il en soit, même si le Premier ministre slovène a une personnalité atypique et controversée, les États européens devront composer avec lui. S’il semble être loin du classicisme des dirigeants européens et dispose de soutiens au cœur de l’Union européenne, la tendance visant à faire de l’instance supranationale un outil au service de sa politique nationaliste reste tout de même peu probable. En effet, à la tête du gouvernement d’un petit pays de 2 millions d’habitants, Janez Janša aurait peu intérêt à s’attirer les foudres des autres pays européens. Ajoutons que sa capacité de nuisance est très réduite avec le fonctionnement triangulaire de la présidence tournante du Conseil européen.

Sources

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