Les Enquêtes du Sup – OGM: entre science, politiques & polémiques

Les OGM, entre science, politiques et polémiques

Une nouvelle enquête du Supplément Enragé consacrée au sujet controversé des OGM, signée par notre nouveau journaliste, Théophile Lazarus, à qui nous souhaitons la bienvenue.

par Théophile Lazarus

Les OGM, fruits d’innovations technologiques, sont toujours l’objet de débats à l’heure de la conception de politiques publiques – en lien, surtout, avec l’agriculture, quand ce ne sont pas les OGM eux-mêmes qui deviennent des objets de législation. Face aux discours politiques, il convient de s’informer sur leur nature et leur fonctionnement afin d’y voir plus clair.   

Que sont les OGM ?

Avec les progrès scientifiques, notamment en biologie, de la seconde moitié du XXème siècle, les premiers « OGM », « Organismes Génétiquement Modifiés », apparaissent dans les années 1970. La technologie entre très tôt dans le domaine du débat public du fait des enjeux de « brevetabilité du vivant ». L’OGM est un être vivant auquel l’humain transfère un gène (ce qu’on appelle une « transgenèse ») pour modifier ses propriétés. Une plante peut alors être capable de développer son propre pesticide, une souris avoir la croissance d’un rat, ou une bactérie produire de l’insuline humaine pour soigner les personnes diabétiques. Un des domaines les plus concernés par la technologie des OGM est l’agriculture.

Ici, les OGM s’inscrivent dans la continuité des méthodes d’amélioration des performances agricoles depuis les débuts de l’agriculture : l’humain a domestiqué des plantes sauvages, en sélectionnant les traits issus des mutations, naturelles et génétiques, qui leur profitaient de récolte en récolte, et en créant des hybrides (une nouvelle plante à partir de plantes parents différentes). Les technologies OGM offrent l’opportunité de passer outre ce processus de sélection ou d’hybridation, pour directement donner un trait avantageux à une plante.

Aujourd’hui, les OGM se retrouvent, dans des proportions variables; un peu partout. Des normes nationales et internationales ont été mises en place, permettant la régulation de leur production et de leur commercialisation. En France, la culture d’OGM à fin commerciale est interdite, et il est difficile de mener des expériences avec des champs d’OGM. Il est cependant possible d’importer des OGM pour nourrir le bétail. La présence d’OGM doit être mentionnée de manière précise sur les produits de consommation (c’est le cas dans 64 pays du monde). La législation de l’Union Européenne autorise sous conditions certains OGM, et évalue au cas par cas ceux qui peuvent être cultivés et vendus. L’autorisation de la culture et la commercialisation d’OGM est fortement réglementée. L’origine de l’OGM doit être traçable, des études menées régulièrement sur son effet sur l’environnement et les marchés, et l’autorisation de culture et de commercialisation doit être renouvelée tous les dix ans.

ogm étiquetage
L’étiquetage des OGM à travers le monde (Source: Center for Food Safety)

Les cultures d’OGM se trouvent surtout dans la majeure partie des pays d’Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Asie du Sud-Est.

OGM production dans le monde
La production des OGM en 2019 (Source: ISAAA)

Concernant l’opinion publique, un article d’Inf’OGM de C. Noisette de novembre 2004 recensant différents sondages à destination des Français (consommateurs et agriculteurs), d’Européens, et d’autres nationalités, montre qu’une majorité de gens est opposée aux OGM, à la consommation comme à la culture. Cette technologie fait ainsi l’objet de beaucoup de suspicions aux niveaux sanitaire, environnemental et de la biodiversité.

Avec le projet actuel de réforme de la Politique Agricole Commune (PAC), et dans une optique de Green New Deal, qui a notamment pour objectif de rendre la production européenne moins polluante et plus adaptée à son environnement, la question des OGM se pose une nouvelle fois. L’argument de la Commission Européenne, pour réintroduire les OGM comme objets de débat, est que les dernières innovations technologiques OGM ne sont pas adaptées à l’actuelle législation. L’étude publiée par la Commission met en avant les avantages sanitaires (résistance aux maladies) et environnementaux (résistance à la sécheresse) des OGM, mais aussi nutritionnels (ajout de vitamines par exemple), bien qu’elle souligne que les méthodes plus traditionnelles de sélection soient capables d’atteindre des résultats similaires à ceux avancés. L’argument choc serait que face à l’urgence climatique, il est plus rapide de développer des OGM, peu importe la méthode, que de recourir à des moyens dits traditionnels.

Une guerre de position

Le potentiel des OGM, les différents intérêts sous-jacents, et leur nécessaire prise en compte par les pouvoirs publics ont fait que cette technologie a vite été « récupérée » par le monde militant, promoteurs comme détracteurs. Les associations et lobbys « pro-OGM » ne semblent pas très visibles dans la publicité, les journaux, les réseaux sociaux ou encore la politique, du moins en France. Qui peut se vanter de connaître le nom d’un d’entre eux, à l’exception de Monsanto ? L’action des pro-OGM se situe principalement au niveau du lobbying politique, donc auprès de personnes déjà élues chargées de faire voter les lois, notamment au niveau français et européen. Inf’OGM cite par exemple le lobby « Emerging Ag Inc. » qui agit au niveau des Nations Unies et de l’OCDE. De grandes entreprises du secteur agrochimique, telle Monsanto, sont souvent accusées de pervertir la science en finançant des études scientifiques sur le sujet, car la présence d’un conflit d’intérêt impliquerait, pour certains, leur invalidité. Les promoteurs se retrouvent aussi sur l’internet avec la création de sites d’information et de promotion, avec par exemple ogm.org, géré par le « Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants. » Les promoteurs des OGM insistent sur l’apport productif et nutritif de la technologie.

Si les militants pro-OGM sont presque invisibles pour le grand public, les organisations anti-OGM jouissent d’une forte présence au sein de la population. Que ce soient des partis politiques de gauche (PS, EELV) ou Greenpeace, le lobbying anti-OGM se porte bien en France et plus généralement en Occident. Influence sur les programmes scolaires, la publicité, les lois et encore l’opinion publique, les « anti-OGM » sont mobilisés sur tous les fronts. Le but de ces militants est d’interdire la commercialisation d’OGM et leur exploitation, au prétexte de risques sanitaires, environnementaux et de biodiversité. Si les méthodes classiques de communication sont utilisées, certains vont plus loin, comme José Bové, membre d’EELV, qui utilise la désobéissance civile et le « fauchage » (destruction des cultures OGM de manière illégale). Greenpeace a aussi tenté de bloquer des cargos transportant du soja transgénique. Les acteurs anti-OGM jouent sur la médiatisation massive mais aussi le lobbying traditionnel.

Qu’en disent les scientifiques ?

Si, quand la technologie a été découverte au début des années 70, les scientifiques à l’origine du premier OGM ont fait appel à un moratoire de précaution, incitant à durcir les conditions d’encadrement et de manipulation de la technologie, la législation actuelle reste suffisamment stricte pour empêcher certaines dérives liées aux OGM. La brevetabilité des OGM est limitée, leur usage encadré, et des tests permanents effectués (ce qui n’est pas le cas pour la production non-OGM…).

Si le débat est toujours ouvert parmi les scientifiques, le consensus actuel s’avère être à contre-courant des croyances populaires et des discours des militants anti-OGM sur le sujet. Nombre d’arguments concernant la contamination des champs non-OGM par des plantes OGM, l’usage de pesticides, la biodiversité, la dépendance des agriculteurs, et autres, trouvent une réponse en faveur de l’utilisation – sérieuse et encadrée – des OGM. Ainsi, des scientifiques n’hésitent plus à prendre la parole contre les militants « écologistes » et « environnementalistes ».

En effet, suite à l’opposition de Greenpeace à l’utilisation du « riz doré », un riz génétiquement modifié en Suisse pour pallier les carences en vitamine de certaines populations d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique, libre d’accès et gratuit, 107 lauréats de prix Nobel, dont 40 de médecine, ont publié une lettre aux gouvernements alertant des dangers de l’opposition systématique au riz doré et aux OGM en général, qu’ils ont fini, sur le sujet du riz doré, par la question suivante : « Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l’humanité ? » Pour la communauté scientifique, les OGM, correctement utilisés, peuvent avoir des bienfaits sur la nutrition, la production agricole, l’environnement et la biodiversité.

Sources

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close