L’édito du 3 août – Présidentielles: La stratégie Bertrand risquée

Le tour de force de Xavier Bertrand est-il en train de le saborder ?

Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, a annoncé sa candidature aux prochaines élections présidentielles, tout comme son refus de participer à une primaire face aux autres pontes de la droite française. Une décision cohérente mais qui pourrait tourner au fiasco.

par Live A. Jéjé

Au lendemain des élections régionales et départementales, derniers intermèdes avant la course pour la présidentielle, la précampagne est officiellement lancée. Si certains, à l’instar des souverainistes de tous bords politiques (Asselineau, Dupont-Aignan, Mélenchon et bien entendu Marine Le Pen) ont annoncé leur candidature depuis plusieurs mois, c’est du côté des Républicains que l’attention des médias comme du chef de l’Etat, dont personne ne doute qu’il tentera de briguer un deuxième mandat, se porte.

LR: Une décennie de déshérence

Une attention méritée au regard de l’incidence que pourrait avoir le candidat que la droite républicaine se choisira à l’automne, selon son penchant au sein du spectre idéologique de celle-ci, soit-ce vers le centre qu’une ligne plus radicale, sur l’issue du scrutin dans l’optique d’un 2nd tour Macron – Le Pen considéré comme le plus probable par les instituts de sondage, bien qu’il convienne de se montrer prudent, l’histoire de la Ve République ayant souvent démontré qu’au moins un des deux favoris à un an de l’échéance n’est parvenu à se qualifier pour le duel final (pour ne citer qu’eux, Chaban en 1974, Balladur en 1995 ou Jospin en 2002)

Pour LR, l’enjeu est de taille : malgré les déclarations (et il ne saurait leur être reproché) des figures inspirant à porter ses couleurs, ténors comme militants ont conscience que le candidat investi a plus de chances de finir bon troisième pour la quatrième fois de son histoire que de remporter l’élection. Néanmoins, la formation qui s’est maintenue le plus longtemps à l’Elysée depuis le retour du Général en 1959 a besoin, après la défaite de Nicolas Sarkozy à sa réélection en 2012, son retour raté entre 2014 et 2016, la descente aux enfers de Fillon, au gré des révélations choquantes qui ont alimenté la presse à son égard en 2017 et l’échec de l’éphémère présidium de Laurent Wauquiez entre 2017 et 2019, de se voir réaffirmer sa légitimité dans la vie politique française, et c’est par la voie de la primaire que l’ensemble des prétendants, déclarés ou non, à l’investiture ambitionnent d’en sortir vainqueur. Tous, à l’exception de Xavier Bertrand, réélu haut la main à la présidence des Hauts-de-France il y a quelques semaines et qui, fort de ce succès, a annoncé – non sans cohérence, ayant quitté LR dès 2017 – qu’il ferait cavalier seul, refusant catégoriquement de participer à d’éventuelles primaires. Sans doute a-t-il peur de faire les frais, alors qu’il demeure le mieux placé à droite pour tenter de déloger Macron, à en croire les études d’opinion, de ce système de désignation qui a vu Alain Juppé, longtemps favori pour être le candidat officiel de sa famille politique se faire doubler non sans surprise par Fillon lors des primaires de fin 2016.

Le coup de force de Bertrand

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Xavier Bertrand (Source: Baziz Chibane via La Voix du Nord)

Ce refus met LR, et plus encore les personnalités qui espèrent porter les couleurs du mouvement jusqu’en avril prochain, dans une situation délicate. Si l’actuel président du parti, Christian Jacob, était lui aussi opposé à l’idée de primaires, le nombre de prétendants (Valérie Pécresse et Philippe Juvin ayant d’ores-et-déjà confirmés vouloir y participer, tandis que Wauquiez, Retailleau et Michel Barnier y pensent fortement), bien que plus faible qu’en 2016, l’a poussé, avec Gérard Larcher, président du Sénat, à missionner Jean Léonetti pour réfléchir sur l’organisation du scrutin. Toutefois, chacun a conscience que si Bertrand ne revient pas sur sa décision, la droite est quasi-sûre de perdre dès à présent l’élection en présentant un deuxième candidat.

En effet, le temps des candidatures dissidentes et des duels fratricides de type Chirac / Balladur en 1994-95, n’est plus d’actualité vu le peu d’espace politique et idéologique qu’incarne la droite depuis le renversement du bipartisme accompli par le président Macron, la coinçant dans un étau entre LREM et les candidatures de la droite de la droite et de l’extrême-droite. La situation n’est pourtant, au premier coup d’œil, non sans rappeler cette élection de 1995, où Barre, Giscard, Chirac et Balladur étaient tous les quatre désireux de porter leurs programmes devant les français, créant une confusion qui profita à Chirac, pourtant bien mal parti, au détriment de Balladur, et des deux premiers qui ne prirent le risque de disperser par leurs candidatures les voix des électeurs.

Les risques d’un l’entêtement

Mais, comme en 1995 avec un Balladur donné largement gagnant avant que l’ancien maire de Paris n’inverse la tendance, la stratégie du populaire Xavier Bertrand pourrait également se retourner contre lui-même. S’il apparaît pour l’heure aux yeux de l’électorat plus présidentiable que ses anciens camarades, sa tentative de passer au-dessus de la mêlée pourrait s’apparenter pour ceux-ci comme un coup de force et une négation de la démocratie (qui serait pour le coup injuste, rien ne l’interdisant de rester ferme sur ses positions) maintenant que le concept des primaires se sont exportées d’Amérique pour s’imposer comme une étape indispensable dans nombre de partis.

Une hypothèse qu’il semble méconsidérer, alors que son avance sur Pécresse (3 à 4 % selon les sondages), voire Wauquiez ; craint par ses confrères de bénéficier, si des primaires ouvertes ont lieu, du vote massif des sympathisants, comme en avait profité Fillon ; n’est pas assez nette pour lui permettre de prendre un tel risque.

Il ne serait pas inutile, devant ces conjectures, d’imaginer que Pécresse, qui semble jusqu’ici bénéficier de la sympathie des caciques et d’un bilan à la tête de l’Ile-de-France jugé positif par les électeurs des Républicains comme par ses administrés, ce qui n’est pas rien, les franciliens s’étant mobilisés en masse lors des dernières primaires, qu’adhérents comme militants puissent en venir à conclure que le meilleur moyen pour la droite de montrer qu’elle a compris ses erreurs, et s’est modernisée, passent par la désignation, pour la première fois, d’une femme pour mener dans leur camp une campagne présidentielle qui s’annonce électrique, alors que le coronavirus en est à sa quatrième vague, et qu’en attendant que les français soient dans leur immense majorité vaccinés, le « quoi qu’il en coûte » ne cesse de creuser des déficits qui ont atteint des records abyssaux, alors même que la dette et le chômage baissaient quelques semaines avant le premier confinement ayant réduit, à peu de choses près, à néant la politique gouvernementale économique entamée 3 ans auparavant et qui commençait à faire ses preuves.

Le soldat Jacob pour travailler Bertrand au corps

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Juvin, Barnier, Wauquiez, Pécresse et Retailleau, conviés à une réunion préparatoire pour de futurs primaires, le 20 juillet 2021 (Source: Ludovic Marin, via l’AFP)

Dans ce contexte, Christian Jacob, décidemment bouée éternelle de la droite (élu à la tête de LR après avoir présidé le groupe parlementaire du parti à l’Assemblée Nationale de longues années), a dû avaler les couleuvres, mettre sous le tapis tout le mal qu’il pense de cette manière de désigner un candidat, et a reçu, avec Larcher et Léonetti, les mousquetaires Barnier, Juvin, Pécresse, Retailleau et Wauquiez il y a deux semaines, ainsi que Bertrand quelques jours plus tard, pour entamer des tractations lors d’une première réunion, qu’il a jugé « constructive« .

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