Les Enquêtes du Sup’ – La formation des enseignants passée au crible du rapport Obin

Laïcité, liberté d’expression: la formation des enseignants passée au crible du rapport Obin

Les Enquêtes du Supplément Enragé se penchent sur les conclusions du rapport Obin concernant l’enseignement.

par Peggy Skrzypek-Agricole

Un professeur s’est fait égorger dans une ville de la région parisienne. Son nom traîne en salle des maîtres pendant des semaines : Samuel Paty. Parce qu’il enseignait la liberté d’expression, il est devenu un symbole. Certains diraient un martyr.  Même goût amer pour l’affaire Mila. Le Ministère de L’Éducation Nationale se saisit une nouvelle fois de l’actualité pour commander un énième rapport sur ce concept que beaucoup d’entre nous ont encore du mal à s’approprier : la laïcité.

La laïcité dans la société française, sujet controversé

D’après l’Observatoire de la laïcité remplacé en juin 2021 par un comité interministériel, la laïcité est d’abord la liberté d’avoir une opinion. Elle repose sur 3 valeurs : la liberté de conscience et de manifester ses convictions dans le respect de l’ordre public, la séparation de l’Etat et de la religion, l’égalité de tous devant la loi. En 2020, Mila exprime son opinion concernant l’Islam sur Instagram. S’ensuit un véritable cyberharcèlement à son encontre. Mais qu’a fait l’adolescente ? Elle s’est « contentée » de blasphémer, ce qui est autorisé par la loi. Les menaces de mort qui lui ont été adressées, elles ne le sont pas. Ce qui est devenu « l’affaire Mila » a généré une polémique autour du principe de laïcité. Pourtant, la constitution est claire. Elle protège la liberté d’expression :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ».

Constitution de la Ve République

Mila a-t-elle troublé l’ordre public ? Chacun se fait son opinion sur la question, mais la justice a tranché : seuls ses harceleurs sont condamnés. Le lien est vite fait avec l’affaire Samuel Paty. L’éducation Nationale s’interroge : qu’est devenue la laïcité après Charlie ? Pourquoi des citoyens font l’apologie de la violence quand on critique leur religion ? Pourquoi un professeur  perd-il la vie parce qu’il utilise des supports controversés ? Si tout le monde comprenait et acceptait le principe de la laïcité, serait-ce différent ? S’agit-il d’un problème d’enseignement ? Il subsiste beaucoup de questions.

Ce qui existe déjà à l’école

Tout élève qui s’est un jour assis dans une classe française a entendu parler d’éducation morale et civique: ces cours ont pour vocation de former l’esprit de futurs citoyens. Tout enseignant  a entendu parler de la charte de la laïcité, pour ne parler que des dispositifs les plus récents. Celle-ci pêche par sa complexité. Difficilement exploitable en classe, elle reste accrochée à un mur sans être vraiment présentée. La laïcité reste souvent un mot qui crée de la confusion. Au milieu des multiples notions à transmettre en primaire, elle peine à émerger. En effet, les directives des années précédentes mettaient un fort accent sur les mathématiques et le français.  Cette histoire n’est donc pas nouvelle. Jean-Pierre Obin, inspecteur honoraire a de nouveau  été missionné par le ministère de L’Éducation Nationale pour faire un état des lieux en milieu scolaire.

Ce que révèle le rapport Obin

Le rapport Obin fait état d’une défiance des jeunes au regard de la laïcité. Principe protecteur, elle est perçue comme un principe « réducteur de libertés » individuelles. D’après l’auteur, cela laisserait la place aux positionnements victimaires et communautaires des élèves, notamment dans le secondaire. Dans le primaire, le personnel est mis à mal par le comportement de l’entourage des enfants. Quelque soit le niveau, les néo-titulaires (professeurs, CPE, professeurs documentalistes) se trouvent démunis lorsqu’ils sont confrontés à la remise en question de leur enseignement/parole, dès que cela touche à la laïcité et plus largement, le racisme, la religion, l’immigration. La cause en serait le manque de formation de l’ensemble des fonctionnaires et la méconnaissance des organes existants pour les soutenir. Ajoutons à cela le manque de cohérence nationale et la disparité des programmes dans les INSPÉ, instituts de formation des enseignants. L’absence  de contrôle de leur cursus initial par leur employeur pose un réel problème. Il en va de même pour les contractuels et les titulaires en poste depuis quelques années. C’est pourquoi il est urgent de revoir la formation initiale et continue des personnels afin que les corps enseignants (encadrants, titulaires et contractuels) disposent des mêmes ressources.

Dans un communiqué de presse, Jean-Michel Blanquer, affirme que les préconisations les plus importantes du rapport sont retenues. Elles seront donc appliquées à partir de la rentrée 2021. Sur Twitter, certains diront que l’on entrave leur liberté pédagogique quand d’autres estiment que les parents aussi devraient être formés. Entre les deux, les moins concernés continuent à opposer laïcité et liberté d’expression. Qu’il s’agisse des enseignants ou des élèves, le débat est loin d’être terminé.

Sources

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