Leur combat: nos droits – Gisèle Halimi

Gisèle Halimi: l’avocate politique des causes difficiles, au service des droits humains

Pour ce nouveau portrait de notre collection « Leur combat, nos droits », revenant sur des personnalités ayant oeuvré pour obtenir nos acquis, le Supplément Enragé vous propose de revenir sur la vie de Gisèle Halimi.

par Anna Harbonn

Avocate, écrivaine, femme politique et militante féministe franco-tunisienne, Gisèle Halimi a marqué l’opinion publique et la lutte pour l’avancée des droits humains par son engagement et ses plaidoyers hors-normes. Toute sa vie, elle a mis ses talents au service de combats comme la lutte contre la torture, la dépénalisation de l’avortement ou la pénalisation du viol.

Zeiza Gisèle Elise Taïeb nait le 27 juillet 1927 en Tunisie française dans une famille juive, pauvre et dominée par le patriarcat. Elle relatera même en 1974 dans La Cause des femmes que son père était si déçu qu’il a mis plusieurs semaines à annoncer la naissance de sa fille à ses amis.  

La jeune Gisèle fait très tôt tout son possible pour s’affranchir des dominations familiales, religieuses et patriarcales. À seulement 10 ans, elle entame une grève de la faim pour réclamer le droit à la lecture, ou encore refuse d’embrasser la mezouza avant d’entrer en classe.

À tout juste 16 ans, elle s’oppose à un mariage arrangé par sa famille, et obtient de quitter la Tunisie pour aller étudier le droit à Paris. Elle retourne ensuite à Tunis où elle passe le barreau. Son caractère rebelle pousse la jeune avocate à défendre tout d’abord les indépendantistes tunisiens, qu’elle soutient également. En 1949, elle épouse Paul Halimi, un administrateur civil dont elle prend le nom, et avec qui elle aura deux fils. Elle s’installe en France en 1956 et divorce en 1959 mais garde ce nom, sous lequel elle se fera ensuite connaître. Elle se remariera en 1961 avec Claude Faux, secrétaire de Jean-Paul Sartre, avec qui elle aura un fils.

Contre la torture : l’avocate des causes difficiles

Elle milite dès le début de la guerre d’Algérie pour l’indépendance et rejoint bientôt Jean-Paul Sartre ou encore Claude Lanzmann et Simone de Beauvoir, qui signeront en 1960 le Manifeste des 121, intitulé « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ». Cette même année, Gisèle Halimi apprend que Djamila Boupacha, une algérienne de 22 ans, accusée d’avoir posée une bombe, est arrêtée, torturée et violée par des soldats français. Elle décide de la défendre. Commence alors le long combat de Gisèle Halimi contre la torture.

Djamila Boupacha est jugée à Caen en 1961. Malgré la brillante plaidoirie de Gisèle Halimi, elle est condamnée à mort. Elle sera finalement graciée en 1962, à la signature des accords d’Evian, qui mettent un terme à la guerre d’Algérie. 

Gisèle Halimi devient dès lors l’avocate des causes difficiles. Féministe dès son plus jeune âge avant même que le mot n’ait vraiment de sens, elle est la seule avocate à signer en 1971 le Manifeste des 343 femmes qui déclarent avoir avorté et réclament la dépénalisation de l’avortement et le libre accès aux moyens de contraception. La même année, elle fonde avec Simone de Beauvoir le mouvement Choisir la cause des femmes, dont le premier objectif est de défendre les 343 femmes ayant violé la loi et pouvant être inculpées, en plus de réclamer la révision de la loi de 1920 qui interdit aux femmes de maîtriser leur fécondité grâce à la contraception et à l’avortement.

Le procès de Bobigny, le procès d’Aix : Gisèle Halimi, avocate politique

En 1971, la jeune Marie-Claire Chevalier, 16 ans, et sa mère qui l’a aidée à avorter, sont poursuivies en justice, et demandent à Gisèle Halimi de les défendre. Cette dernière décide de plaider pour leur défense mais également pour la dépénalisation de l’avortement. Elle choisit alors de faire de ce procès une tribune politique. Elle expliquera en 1974 dans La Cause des femmes :

« J’ai toujours professé que l’avocat politique devait être totalement engagé aux côtés des militants qu’il défend. Partisan, sans restriction avec, comme armes, la connaissance du droit ‘ennemi’, le pouvoir de déjouer les pièges de l’accusation, etc. […] Les règles d’or des procès de principe : s’adresser, par-dessus la tête des magistrats, à l’opinion publique toute entière, au pays. Pour cela organiser une démonstration de synthèse, dépasser les faits eux-mêmes, faire le procès d’une loi, d’un système, d’une politique. Transformer les débats en tribune publique. »

Marie-Claire Chevalier, mineure, est jugée à huis clos, mais le jugement est rendu publiquement : elle est relaxée. Sa mère, elle, sera condamnée à 500 francs d’amende avec sursis.

LCND Gisèle Halimi procès de Bobigny
Procès de Bobigny

Le considérable retentissement du procès de Bobigny contribue à l’évolution des mentalités. Le 9 janvier 1973, Georges Pompidou, alors président de la République, admet que la loi en vigueur sur l’avortement est dépassée. Le nombre de condamnations pour avortement baisse drastiquement, passant de 518 en 1971 à 288 en 1972 pour atteindre quelques dizaines en 1973. La loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse, portée par Simone Veil, sera promulguée en janvier 1975.

Une nouvelle lutte féministe commence alors pour la criminalisation du viol. En effet, si le viol est qualifié de crime depuis le premier Code Pénal de 1791, la criminalisation est partielle et ne qualifie de viol qu’une pénétration vaginale avec éjaculation, hors mariage et avec usage de la violence. Une nouvelle fois, Gisèle Halimi accompagne les militantes dans leur combat. En mai 1978, elle défend deux touristes belges violées par trois hommes qui plaident non-coupable lors du procès d’Aix. Elle utilise à nouveau une stratégie de médiatisation judiciaire pour s’adresser à l’opinion publique et provoquer un réel changement politique. Gisèle Halimi sera bousculée, injuriée, menacée. Elle tiendra bon :

« Quand une femme dit non, il faut que l’on comprenne une fois pour toutes, c’est non, ce n’est pas oui ».

Les trois hommes seront condamnés, et ce procès ouvrira une nouvelle fois la voie à la loi de 1980, définissant l’attentat à la pudeur, élargissant la définition du viol et reconnaissant sa criminalisation.

La politique et l’écriture

En 1981, François Mitterrand, soutenu par Gisèle Halimi depuis 1965 au sein du Mouvement démocratique féminin, devient président de la République. Tentée par l’aventure politique, elle devient alors députée apparentée socialiste de la 4ème circonscription de l’Isère avant de représenter la France à l’Unesco de 1985 à 1986. Si elle revient rapidement à son métier d’avocate, elle continue à publiquement prendre position pour la parité, l’interdiction du voile à l’école, l’abolition de la prostitution ou encore contre la gestation pour autrui (GPA).

Parallèlement à ses engagements, Gisèle Halimi a également écrit de nombreux ouvrages, relatant ses grand procès, ou prenant position pour la cause féministe. Elle décède à Paris le 28 juillet 2020, au lendemain de son 93ème anniversaire. Alors qu’elle a été vivement critiquée, injuriée et menacée pour ses combats de son vivant, les éloges et hommages peuvent à l’annonce de sa mort. Gisèle Halimi a bel et bien marqué les grands combats français du 20ème siècle pour la progression des droits humains, au point que certaines associations de lutte contre les violences faites aux femmes ont réclamé son entrée au Panthéon.

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