Les Enquêtes du Sup’ – Homophobie d’Etat: l’Europe face à la Pologne

Homophobie d’Etat: l’Europe face à la Pologne

Une nouvelle enquête du Supplément Enragé consacrée à la politique répressive de la Pologne vis-à-vis de l’homosexualité.

par Alexandra Marchand

Situées essentiellement dans le sud-est de la Pologne, le 3 septembre 2021, sous pression de l’Union Européenne, les régions très conservatrices de Petite-Pologne, des Basses-Carpates et de Sainte-Croix ont fait machine arrière sur les Chartes homophobes qu’elles avaient adoptées. Au sein d’un des pays assurant la plus faible protection juridique en la matière, le gouvernement national-conservateur PiS de Andrzej Batkowski utilise l’homophobie comme arme politique.

Un pays divisé

Réélu le 12 juillet 2020 à 51,21% des suffrages contre 48,79 %, l’ultra-conservateur président-candidat Andrzej Duda du parti PiS (Droit et Justice) arrache la victoire au libéral Rafal Trzakowski dans une Pologne profondément divisée au sujet des libertés individuelles et collectives de ses citoyens. Une victoire symptomatique et représentative de l’histoire polonaise. Sous l’influence du Reich allemand puis de la RFA (République Fédérale d’Allemagne) tout au long du XX siècle, l’ouest du pays connaît aujourd’hui une plus grande urbanisation, alors qu’à l’est, marqué par la domination soviétique et russe, souffre d’une moins bonne intégration et ouverture sur la mondialisation des moeurs. Une scission qui provoque des difficultés d’unification du pays selon l’historien et journaliste polonais Piotr Kaminski :

« On a volé deux siècles de son histoire à la Pologne, notamment le XIXème siècle qui est celui des identités nationales ».

C’est une position très nuancée que défend la Pologne, entre une partie de ses citoyens refusant le monde extérieur, et une autre cherchant à s’ouvrir sur la scène internationale.

Homophobie…

Aujourd’hui, être ouvertement une personne LGBT en Pologne fait preuve de courage au quotidien. Faisant partie des six pays de l’Union-Européenne qui n’ont pas légalisé le mariage homosexuel avec la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie et la Slovaquie, en Pologne les discriminations et agressions à l’encontre des personnes LGBT ne sont pas considérées légalement comme des crimes de haine, alors que le pays a rejoint l’Union-Européenne le 1er mai 2004. En outre d’être un espace économique commun, l’Union-européenne existe par ses valeurs, emploie une doctrine libérale, et est le principal défenseur des droits humains, adoptant pour la première fois en décembre 2017 l’article 7 :

« L’union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’Etat de droit, ainsi que le respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorité ».

Des valeurs auxquelles le gouvernement Polonais, ouvertement homophobe, n’adhèrent, et c’est peu dire, guère. En 2019, des résolutions anti-LGBT sont adoptées dans au moins 88 localités polonaises, où vivent au moins 30% de la population, quand Jaroslaw Kacynski fait de la communauté LGBT une cible électorale dans un pays où l’influence de l’Église reste très importante.

Ces attaques homophobes sont aggravées par les intentions des députés de Konfederajca, une alliance de nationalistes catholiques, de libertaires conservateurs et de traditionalistes catholiques monarchistes, souhaitant interdire une « idéologie LGBT ». En juin 2020, la Commission européenne demande à la Pologne des explications et prive six villes de subventions liées à un programme de jumelage, et en septembre 2020 la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen qualifie ces zones auto-proclamées comme des « zones dans humanités », et n’ayant pas leur place au sein de l’Union-Européenne.

homophobie pologne manifestations
(Source: Sopa Images via Getty Images)

… et pression de la Commission européenne

Mi-juillet 2021, la Commission européenne lance une nouvelle procédure d’infraction contre la Pologne, rappelle que ces zones violent les droits fondamentaux et les valeurs de l’Union, et suspend les négociations des fonds européens pour 2021-2027. Après deux ans de « négociations », une à une, les régions de Kielce, Podkarpackie, Lubelskie et la province de Malopolskie ont voté le 27 septembre 2021 le retrait de leurs résolutions homophobes, qui sont, selon l’eurodéputé Pierre Karleskind :

« […] l’aboutissement de deux ans de combat sans relâche au Parlement européen. Deux ans que je fais pression pour que la Commission européenne applique un principe simple : il ne peut pas y avoir d’argent européen sans adhésion aux valeurs européennes »,

Changements auquel le président Polonais a répondu : 

« Ce vote n’est la victoire de personne. Reste à savoir si la Commission approuvera notre nouvelle déclaration. Nous sommes d’accord avec certaines suggestions de Bruxelles, mais nous soulignons en même temps notre attachement à nos traditions et aux principes de notre Constitution. »

Sources

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