Les Enquêtes – Brésil : un antisémitisme décomplexé

Brésil : un antisémitisme décomplexé

Par Alexandra Marchand

Depuis quelques années, l’antisémitisme au Brésil devient de plus en plus visible et décomplexé, avec de nombreux scandales impliquant des admirateurs du IIIe Reich. Du côté gouvernemental, avec à sa tête le président nationaliste Jair Bolsonaro, certains considèrent ses pratiques et discours comme facteurs déterminants de la montée du néonazisme.

Aux origines de la communauté juive au Brésil

Moteur d’une économie en plein essor, le Brésil connait entre la fin du XIXème siècle et l’après seconde guerre mondiale une forte immigration européenne. L’État de Sao Paulo devient la destination principale pour les Italiens, Portugais et Espagnols, auxquels s’ajoutent les Polonais, Russes, Ukrainiens et Roumains, à partir de 1885. Un flux qui s’amplifiera sur les premières décennies du XXème siècle, avec une migration provenant d’Europe et de l’Empire Ottoman après la fin de la Première guerre Mondiale, puis à compter de 1933, s’ajouteront les réfugiés de l’Allemagne nazie. Entre 1881 et 1947, le Brésil accueille au total 4,275 millions de migrants, dont 73 000 juifs.


Selon l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte »


Les premiers migrants juifs viennent de Bessarabie, et s’installent autour de 1893 sur des colonies agricoles au sud du pays. Plus d’une centaine de familles s’ancreront dans l’État du Rio Grande do Sul, ce qui marquera la première étape d’une migration régulière. Ce afflux concentré de migrants sur plusieurs décennies suscitera des réponses xénophobes. De son côté, le gouvernement Brésilien réagit de façon discrète, et n’introduit aucun quota d’immigration, mais instaurera dès la fin de la Première Guerre mondiale un dispositif de dissuasion à l’égard du peuple juif. S’ensuivra une mobilisation de tous les mythes et clichés produits par des siècles d’antijudaïsme par les forces politiques nationalistes.

Une montée du néo-nazisme

Entre 2015 et mai 2021, le quotidien brésilien Fohla compile plusieurs données, exposant le nombre de cellules néonazies brésiliennes ayant bondi de 75 à 530 selon les recherches de l’anthropologue, Adriana Dias : «  J’observe une croissance très forte depuis que j’ai commencé à étudier ce sujet ». Simultanément, le nombre de pages internet à contenu néonazi atteint des records, avec 110 cas ouverts sur des crimes d’apologie du nazisme en 2020, contre 6 en 2015 : « Rien quentre 2019 et 2020, la hausse des investigations pour ce type de crime a été de 59 % ». Des affaires qui impliquent également des politiques de l’Etat de Santa Catarina, avec  plusieurs scandales, tel que l’investissement du Parti libéral dans un professeur d’histoire connu pour avoir peint une croix gammée comme élément décoratif pour le fond de sa piscine, dans la petite ville de Pomerode. À cette même période, fraîchement investie à son poste, la gouverneure intérimaire de ce même Etat, Daniela Reinehr, se voit recquerie d’expliquer certaines activités de son père, Altair, connu comme l’un des plus fervent négationniste du pays. Selon les recherches d’Adriana Dias : « Environ 500 mille personnes lisent la documentation nazie au Brésil. De quatre à cinq mille personnes agissent au sein des cellules – cependant beaucoup de gens tournent autour pour les aider. Aujourd’hui, s’il y avait une grande conspiration néo-nazie au Brésil, 600 mille personnes au moins seraient disposées à commettre des crimes graves. »

(Brasília – DF, 12/03/2019) Presidente da República, Jair Bolsonaro e o Presidente da República do Paraguai, Mario Abdo Benítez após Declaração à imprensa. Foto: Alan Santos/PR

Jair Bolsonaro : un discours incendiaire

Après avoir attaqué les femmes, les homosexuels, et les noirs, le samedi 13 avril 2019, le président brésilien Jair Bolsonaro déclenche polémique, déclarant devant un parterre de pasteurs évangéliques que « l’on pouvait pardonner, mais pas oublier la Shoah ». Ce n’est pas le premier propos antisémitistes du président. Peu de temps après une visite au mur des lamentations, Bolsonaro avait affirmer à son ministre des relations extérieures, Ernesto Araujo, qu’il n’avait « aucun doute que le nazisme est de gauche. ». Pour Adriana Dias et Thiago Tavares, président de Safernet Brasil (organisation non gouvernementale brésilienne qui lutte contre la criminalité sur Internet), la montée du néonazisme est partiellement dû aux propos du président : « la présence du néonazisme s’est accrue et a gagné en visibilité dans le sillage de la montée du discours sectaire du désormais président Jair Bolsonaro. Son discours est incendiaire. Ses pratiques et ses discours sont déterminants pour l’action et la manifestation de ces groupes, aussi bien sur Internet qu’en dehors ».

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